Pour Nicolas Bouvier

Sans doute avez-vous été quelques-uns à vous demander pourquoi ce blog était intitulé "Usage du monde". Certains ont dû rechercher vainement une allusion directe au livre formidable de Nicolas Bouvier, et bien que certaines traces laissaient supposer que le voyage et la découverte de l'autre se trouvaient d'une manière au centre de mes préocupations premières, jamais je n'avais songé à placer un post directement consacré à cet unique écrivain, suisse comme mes ancêtres, qui a su restituer l'intériorité du voyage comme peu avant lui. Certes de Chateaubriand à Michaux il y a eu des relations écrites autour du voyage d'une grande richesse à la fois littéraire et philosophique. Mais chez Bouvier j'ai trouvé une conivence avec ma propre expérience, notamment lors de mon voyage au Mexique au début des années 90, déroulant vérités et démontant moults clichés sur le but de la quête intérieure du voyageur qui en ont fait un objet unique, assorti de nombreuses photographies aujourd'hui remarquablement éditées.
Je ne peux résister à la tentation de citer ci-après un extrait des plus célèbres de "l'Usage du monde".
"C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat-ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu'on y croise, aux idées qui vous y attendent... Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c'est qu'on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu'au jour où, pas trop sûr de soi, on s'en va pour de bon. Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."
"L'usage du monde", Nicolas Bouvier, Petite bibliothèque Payot / Voyageurs, 1992.
"C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat-ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu'on y croise, aux idées qui vous y attendent... Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c'est qu'on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu'au jour où, pas trop sûr de soi, on s'en va pour de bon. Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."
"L'usage du monde", Nicolas Bouvier, Petite bibliothèque Payot / Voyageurs, 1992.
Libellés : photographie, route, voyage


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